Petite histoire de la Maison verte

Le cabaret vert, évoqué par Rimbaud, s’appelait en réalité « A la Maison verte ». C’est ce que découvrit Robert Goffin parti sur les traces d’Arthur Rimbaud, en interrogeant un vieil homme, un ancien épicier, ayant fréquenté l’établissement dans sa jeunesse.

Vers 1930, l’enseigne « A la maison verte » avait disparu et l’intérieur avait été entièrement rénové .

A quoi donc ressemblait cette « maison verte » ? On ne dispose que du seul témoignage de ce vieil homme  tel que rapporté par Robert Goffin :  » C’était une auberge de rouliers avec la façade verte et les meubles peints en vert. [… ] Tous les paysans de la région s’y retrouvaient aux jours de marché  » Toujours suivant les souvenirs de cet ancien épicier, la maison verte avait pour enseigne « une plaque de tôle verte, perpendiculaire à la façade et sur laquelle on avait peint naïvement un verre, une bouteille et une carafe jaunes. »

L’immeuble qui abritait la maison a été préservé jusqu’en 2013, du moins les façades des étages puisque le rez-de-chaussée original a été remplacé par une vitrine commerciale moderne qui détonnait avec le caractère ancien de l’immeuble. le balcon avec son garde-corps en fer forgé est postérieur à la venue de Rimbaud.

L’immeuble avait été bâti en 1851  pour le compte d’Augustin Cornil de Gilly.

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Carte postale représentant l’Hôtel de l’espérance vers 1904

Il est situé à l’angle de la rue de la Station (aujourd’hui place Buisset) et de la rue Lépopold (renommée récemment Rue de Charleville).

Il était divisé en 3 maisons, portant les nos 2, 4 et 6 de la rue de la Station.  L’établissement « A la maison verte » prendra place au no 6, probablement à partir de 1870.

Dans une annonce du journal de Charleroi du 1870 , la veuve d’Augustin Cornil, Joséphine Quinet, déclare qu’un café restaurant est à remettre près de la station. Dans le plan Popp qui date des années 1860, Joséphine Quinet est mentionnée comme propriétaire de la maison correspondant à l’emplacement de la Maison verte. Les maisons voisines ne lui appartiennent pas.  L’annonce correspond donc sans guère de doute au bâtiment abritant la Maison verte. Mais ce nom n’apparaît pas sur l’annonce. Peut-être a-t-il été donné par les nouveaux tenanciers de l’établissement ?

Une première annonce publicitaire  mentionnant l’enseigne « A la maison verte » date de 1873 .  La Maison est tenue par un certain « H. Collin ». Peut-être, est-ce lui qui tenait le café lors de la venue de Rimbaud. « bouillon, boeuf et légumes : 50 centimes », est-il annoncé. De quoi sans doute attirer une clientèle cherchant une restauration simple à un prix abordable ! Avec proximité de la gare, le clients potentiels ne manquent pas : employés de commerce, paysans se rendant au marché, personnels des boutiques, banques et autres petites entreprises du centre ville…

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Annonce publicitaire parue dans le Journal de Charleroi en 1873

Dans une publicité de 1878, on remarque qu’un nouveau tenancier est venu remplacer H. Collin, il s’agit d’Alfred Bastin. De simple café restaurant, l’établissement se prévaut désormais du titre d’hôtel restaurant. A l’accès par la rue de la Station, s’ajoute un accès par la rue Léopold.

Comme d’autres établissements bien connus de Charleroi, la maison verte propose des menus gastronomiques à l’occasion de certaines fêtes. Alfred Bastin est un passionné de colombophilie. Il fonde d’ailleurs une société de colombophilie, « l’Affiliation de Charleroi et sa banlieue » dont le siège est à la Maison verte. Malheureusement, il décède prématurément en 1883. Les membres de sa société lui rendront un vibrant hommage lors de ses funérailles.  Sa veuve reprend la gestion de l’hôtel.

Vers la fin des années 1880, c’est un certain Emile Maton, époux de Marie Draye, qui reprend l’hôtel. Ambitieux, il deviendra propriétaire de l’ensemble de l’immeuble.

Il entame des travaux de transformation de l’immeuble en 1896 afin de créer l’Hôtel de l’espérance. le café-restaurant à l’enseigne « A la Maison verte  » est cependant maintenu,   sans doute conserve-t-il une clientèle fidèle. Côté rue Léopold, Emile Maton ouvre un restaurant sans doute à caractère plus gastronomique : le restaurant du XXe siècle.

En 1903, il quitte la ville et remet l’hôtel de l’espérance, le restaurant du 20e siècle et la Maison verte à Louis Horst. Emile  Maton prendra notamment la direction d’un hôtel à Ostende.

gaz charler 23 03 1883

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Illustration d’une carte postale (vers 1898 – 1900). Cette carte publicitaire montre un hôtel de l’espérance plus imposant qu’il ne l’est en réalité.
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